J'ai un nouveau grain de beauté, as-tu-dit.
Rapidement j'ai déplié ton cors à la recherche de ce rare accident géographique. Ma surprise fut majuscule, car il s'était installé dans une de mes zones d'amusement préférées. Sourd à la raison et aux oracles, j'entrepris une marche en avant et concentriquement par peur des Erinnyes. Tout près des pentes, les boussoles s'affolèrent et le poids de la gravitation se fit insupportable pour mes porteurs. Au sommet, je notai la logique initiatique de ses formes et l'évidence de l'impossible retour.
(Grain de beauté)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
www.toniquero.com
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Le perpendiculaire dressée qui sépare ton corps du mien présente une petite faille courbe à cinq pieds au-dessus du niveau de la mer. De ce point, descendent un nombre fini de vertèbres jusqu'au point de rencontre méridional. En remontant les degrés, dans les régions boréales, la nuque conserve sa fraîcheur primitive et, en elle, survit l'étoile oubliée des anciens explorateurs.
(Cou)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
www.toniquero.com
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De bon matin,
les rues deviennent fécondes,
les vapeurs vivifient les racines qui poussent des chaussées
et le violent carmin des talons aiguilles
se protège de la pluie
sous les paupières ocres comme seigle
qui dorment sur les façades.
Sous les porches,
palpite un murmure d'acier et de corps en désir,
les maîtres d'escrime se battent en duel
et entre les pavés
flottent des cadavres d'amoureux
qui s'essaient à des calligrammes.
Noire est alors la nuit.
Les filles hispaniques déroulent leurs tresses dans les cabines
et mettent en notes des vers à neuf chiffres sans possible remise,
les chiens s'affolent de leur propre trace
et des apatrides descendent du ciel
pour troquer leurs peines aux jeux de billard.
A ces heures-là, la lumière est un animal blessé,
qui danse, ainsi que des ombres tribales se refléteraient,
sur le laiton abandonné des coins de rue
et sur les visages verticaux
qui attendent derrière les fenêtres
leur propre résurrection.
(Petit matin)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
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En sursautant, le farangi chasse les mouche attirées par la fétide chevelure emmêlée.
Titubant, il ignore l'oromo qui garde la médersa et ses pupilles ivres se dilatent au milieu des faisceaux de lumière qui s'échappent de la Shoah.
Je est un autre.
Sans émotion charnelle, il conduit jusqu'au lit une Amhara terrorisée, sujette de Ménélik II le Grand, tandis qu'il examine le prisme délicat dont il lui fait don.
Pantelant, il exhume ses démons : le sifflement ancien d'une balle et l'écho de beaux cannibales modulant des voyelles sous les arches de la Seine.
(L'étranger)
Toni
Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
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En certaines occasions, le peintre ivre se
réveille dans la stupeur
d'avoir près de lui une prostituée à l'accent vulgaire
qui, dans ses oripeaux, fait main basse sur quelques pièces.
Une fille blonde fuit le long des boulevards,
et un très mauvais poète, à l'air hautain et sec,
enième incarnation du barde de feu,
sirote un écœurant café au Quartier Latin.
A ces heures-là, Paris n'est qu'éclat et neige.
Les amoureux traversent les rues
et font de leurs mensonges des serments sous les ailes.
Les gendarmes tournent des slapsticks
et, à bout de souffle, la fille blonde
tombe morte dans les bras de Belmondo.
Tandis que je dissimule sous le sable
le pavé où j'ai gravé ton nom.
(Paris)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
www.toniquero.com
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Si j'étais Kurt Cobain je serais déjà mort.
Un tapis de fleurs jaunes ornerait ma tombe
et de fragiles adolescents, nus par un humide
après-midi d'automne,
entonneraient mes vers, un frémissement de
colère dans le regard.
En ces jours-là, en un quelconque lieu
inconnu, quelqu'un ferait l'éloge de mon œuvre,
un journal local célébrerait
l'éphéméride d'un pas perdu
et un jeune fille, à la froide beauté de qui porte la mort en soi,
tatouerait sur son cahier deux noms impossibles.
Cette nuit-là, celui qui fut idolâtré et qui
promène en imposteur sa jeunesse trompeuse,
écrirait — novice et surestimé — de graves insultes
tandis qu'un jeune asiate tisserait un lointain visage de cendre.
Si j'étais
lui, je ne dirais rien.
Un blanc de chaux illuminerait un petit village escarpé,
l'azur ferait irruption dans les rêves d'un
garçon fugueux
et, sur le tard, face à la rumeur de la
houle, tout serait terminé.
(Si j'étais Kurt Cobain)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
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Celui qui, avec moi, va son chemin
revêt, en plus soigné, mes propres
habits,
s'arrête sur les mêmes trottoirs
et arbore le même contrefait sourire
aux premières heures du jour.
Celui qui, avec moi, va son chemin,
est, chose facile, de quelques centimètres plus haut que moi,
il salue poliment les passantes
et réprouve, d'un dédain homérique,
tout ce que
j'écris sur mon épaule.
Mais celui
qui, avec moi, va son chemin
n'est, crois-je, jamais seul avec toi
et il ne connaît rien de ces endroits secrets
que tu exhibes plantureusement quant tu
me reviens.
Celui-là, comme un fantôme,
attend discrètement
dans quelque recoin obscur
sûr le lui
et de sa victoire,
tandis que je jouis, pour quelques heures,
du doux plaisir de la déroute.
(L'autre)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
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De ces os-là n'attend rien,
leur mémoire s'est éteinte avec eux.
Peut-être leurs cendres frémissent-elles encore ?
Seule la pierre demeure.
(Essais pour une épitaphe)
Toni Quero, Les
adolescents furtifs
Traduction : Renada-Laura Portet
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